Dans cette rubrique où je comptais ne placer que des vidéos personnelles et des sujets techniques ayant trait aux "images qui bougent", je n'envisageais pas d'introduire des extraits de films célèbres (voir le sujet "Le paradoxe des contraires"). Pour cela, je me suis longtemps contenté de Dailymotion, où j'ai importé près de 300 vidéos au cours de 2007 et 2008. Elles ont, à ce jour, totalisé plus de 1 900 000 visites, suscité 2 242 commentaires, plusieurs milliers de signalements de visiteurs sur Facebook, et elles ont fait l'objet de 3 466 mises en favori. Enfin, 313 visiteurs se sont abonnés, je compte 207 contacts, dont certains devenus des amis, et mes vidéos ont été invitées dans 41 groupes.

Malheureusement, une épidémie sévit sur Dailymotion : un démontage assez régulier, à la demande d'ayants droit ou prétendus tels, souvent des héritiers qui ne se sont donné que la peine de naître. Je ne m'attarderai ni sur le bien fondé des demandes de suppression ni sur l'attitude de Dailymotion : le droit est le droit. Je trouve déjà assez contestable la tendance actuelle à faire fi du droit de la propriété intellectuelle pour m'offusquer. J'observe simplement que ces extraits (volontairement courts) incitent à acheter les DVD correspondants et entretiennent la renommée des films concernés. Je n'ai rien à y gagner et les maisons de production rien à y perdre. Autant je m'interdirais de diffuser des séquences de films récents, dont les acteurs et producteurs sont en pleine activité, autant je ne vois aucun inconvénient à entretenir le souvenir de vieux films, la plupart en noir et blanc, en ayant la certitude de ne spolier personne.

Une forte proportion de ma production est composée de séquences de films dialogués par Michel Audiard. Je n'ai pas attendu le succès des "Tontons Flingueurs" (succès tardif et un peu trop exclusif) pour apprécier ce génie du cinéma. Je le considérais déjà à sa juste valeur, au temps lointain où il était vilipendé, injurié, méprisé par la majeure partie de la critique et les ayatollahs de la Nouvelle Vague ("Plus vague que nouvelle", disait-il). Or ces séquences sont aujourd'hui en première ligne. Plusieurs ont déjà disparu.

J'ai donc résolu de créer une Arche de Noé qui a quelques chances d'assurer la survie de ces séquences menacées. J'ai ouvert un compte chez le concurrent américain, Youtube, encore préservé des coups de hache, du moins pour les films français, et j'y ai embarqué quelques vidéos que j'apprécie. Pour plus de sécurité, elles ne sont identifiées que par des codes anonymes et leur accès est restreint. Elles ne peuvent être vues que d'ici. Autant dire à usage privé...

Voici un premier échantillon. Je l'étofferai si ma tentative rencontre un minimum de succès.

Les films marqués d'une astérisque ont disparu de Dailymotion depuis leur mise en ligne ici.

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Les Mots Fétiches de Michel Audiard

Montage de séquences où reviennent les mêmes phrases, les mêmes scènes...

 

Montage de séquences des films de la grande époque de Michel Audiard, entre 1956 et 1977 : les mots, les phrases, les scènes qui reviennent régulièrement, qui nous sont familiers et qui composent le style si original du dialoguiste.

Les malfaisants, les cadors, les caves, les épées ont été, pendant une quinzaine d’années, fidèles au rendez-vous que leur fixait Michel Audiard, de film en film. Jean Gabin, Bernard Blier, Lino Ventura, Jean-Paul Belmondo, Louis de Funès, Alain Delon, André Pousse, Françoise Rosay et une nombreuse famille d’acteurs ont incarné ces figures aujourd’hui fameuses. La plupart ont dû apprendre à faire sourire. Jusqu’à Audiard, et si on excepte Funès, ils étaient abonnés aux rôles sombres. Cette nouvelle situation leur a donné un accès assuré à la postérité.

C’est le mérite principal de Michel Audiard (1920-1985). Lui a suivi le chemin inverse : la mort d’un fils a abrégé sa vie et l’a conduit à signer les dialogues de quelques films amers («Garde à vue», Claude Miller, 1981, «Espion lève-toi», Yves Boisset, 1982, «Mortelle randonnée», Claude Miller, 1983). Seuls les proches savaient vraiment, car il était d’une grande pudeur et d’une totale discrétion, de combien de blessures secrètes il souffrait.

L’une au moins de ces douleurs est connue, du moins en devine-t-on la cause. C’est la hargne, le mépris, l’acharnement dont les mollahs de la Nouvelle Vague et leurs successeurs ont accablé Audiard au long de toutes ces années, en dépit (ou peut-être à cause) de la faveur du seul vrai juge : le public. Aujourd’hui, les gens de sa partie l’appellent « le Dabe » et enlèvent leur chapeau rien qu’en entendant son blase… Pour tout le monde, Audiard, gouailleur des banlieues mais véritable aristocrate, apparaît pour ce qu’il était : le plus grand.

Cette vidéo est un peu plus courte que celle qui survit encore sur Dailymotion : Youtube n'accepte que des séquences d'un quart d'heure au maximum, contre vingt minutes sur Dailymotion.

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* 100 000 Dollars au Soleil

(Lino Ventura - Bernard Blier - Jean-Paul Belmondo - Andréa Parisy)

" Quand les types de 130 kilos disent certaines choses... "

 

Film d'Henri Verneuil (1963). Scénario de Marcel Jullian et Henri Verneuil, d'après le roman de Claude Veillot "Nous n'irons pas en Nigéria". Dialogues de Michel Audiard. Musique de Georges Delerue.

Dans une région imaginaire du sud saharien. Le propriétaire d'une entreprise de transports, surnommé "la Betterave" (Gert Fröbe) confie un camion neuf à un nouveau venu, Steiner (Reginald Kernan), provoquant la jalousie des anciens de la maison. En fait, le camion contient une cargaison d'armes de contrebande. Une aventurière au courant du trafic (Andréa Parisy) entraîne l'un des chauffeurs, Rocco (Jean-Paul Belmondo), à voler le camion. La Betterave convainc "Plouc" (Lino Ventura) d'essayer de rattraper le fuyard. Il se lance dans l'aventure en compagnie de Steiner. Une poursuite émaillée de surprises, à laquelle participe, de plus ou moins loin, "Mitch-Mitch" (Bernard Blier), qui assure une livraison de carburants sur la même route...

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Un Singe en Hiver

(Jean Gabin - Paul Frankeur - Paul Mercey)

" Oui, monsieur ! Les princes de la cuite, les seigneurs ! "

 

Film d'Henri Verneuil (1962). Scénario et dialogues de Michel Audiard, d'après un roman d'Antoine Blondin. Musique de Michel Magne.

Un port du Calvados. Un aubergiste (Jean Gabin) retrouve dans l'ivresse ses souvenirs du corps expéditionnaire d'Extrême-Orient. Sous un bombardement de juin 1944, il décide d'arrêter de boire. Quinze ans plus tard, un client porté lui aussi sur le voyage dans les Vignes du Seigneur (Jean-Paul Belmondo) vient troubler la bonne résolution... Les deux hommes s'offriront une dernière beuverie.

Scène avec Paul Mercey et Paul Frankeur.

Michel Audiard a réalisé là une vraie performance. La production avait originellement prévu un film sur le monde de la pêche, avec Gabin en vedette. Tout était prêt pour le tournage, un chalutier avait été loué pour un mois. Arrivé à bord, Gabin déclara qu'il ne jouerait pas sur un bateau qui "puait le poisson" (je tiens l'histoire de Jacques Bar, qui produisit la plupart des films de Verneuil et Grangier dans les années 60). Il fut impossible de le faire revenir sur sa décision. Pour éviter le fiasco financier, on fit appel à Audiard, qui venait de lire le roman de Blondin. Le scénario et les dialogues furent écrits en une dizaine de jours, pour qu'on puisse garder les équipes techniques sur place. Le temps ayant manqué pour une adaptation plus libre (et tant mieux), l'osmose entre le roman et le film est parfaite : c'est du pur Audiard et du pur Blondin.
Audiard proposa lui-même Belmondo, encore peu connu. Gabin, qui n'aimait pas les têtes nouvelles, renâcla, mais il dut s'incliner, son caprice ayant déjà coûté très cher.
Le film, comme le livre, est une ode à la poésie (très relative) de la soûlographie. Pour avoir connu Blondin à la fin de sa vie, je peux témoigner, sans rien contester de son grand talent et de sa religion de l'amitié, que ses cuites de fin de journée n'avaient rien de poétique.

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* Le Bateau d'Emile

(Annie Girardot - Lino Ventura)

" Tu vas, tu viens, tu me prends, tu me jettes... "

 

Film de Denys de La Patellière (1961). Dialogues de Michel Audiard, d'après une nouvelle de Georges Simenon (période rochelaise).

François Larmentiel (Pierre Brasseur) dirige à La Rochelle une grosse entreprise familiale de pêcheries, conserveries, etc. Il voit débarquer son frère, Charles-Edmond (Michel Simon), parti courir le monde quarante ans plus tôt. Près de sa fin, celui-ci, pour emmerder la famille, charge un notaire, Me Lamazure (Jacques Monod) de retrouver un enfant naturel à qui il compte léguer sa part de l'entreprise. Il s'agit d'un patron de chalutier plutôt rustique, Emile Bouet (Lino Ventura), qui vit avec une ancienne chanteuse de beuglant, ancienne prostituée, Fernande (Annie Girardot). Pour allumer un contre-feu, François Larmentiel propose un poste important à Emile Bouet, à condition qu'il quitte sa compagne...

Quatre monstres sacrés donnent à ce petit film, assez conventionnel, une dimension quasi historique.

Dans cette scène, on retrouve une Annie Girardot - déjà - émouvante.

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Le Gentleman d'Epsom

(Jean Gabin - Louis de Funès - Jean Lefebvre)

" Croyez-moi, Ripeux, vous en êtes un ! "

Film de Gilles Grangier (1962). Scénario d'Albert Simonin, dialogues de Michel Audiard. Musique de Francis Lemarque et Michel Legrand.

Le commandant Richard Briand-Charmery, ancien officier de cavalerie (Jean Gabin), vit d'expédients dans le milieu des courses, vendant, avec un panache convaincant, des tuyaux crevés à des naïfs, aidé d'un rabatteur (Jean Lefebvre). Parmi les victimes consentantes : le restaurateur Gaspard Ripeux (Louis de Funès), un croupier de salle de jeux (Paul Frankeur) et un tenancier de boîte de nuit (Franck Villard).

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Archimède le Clochard

(Jean Gabin - Marcel Pérès - Pierre Leproux)

" Eh ben, moi, ce qui me les casse, c'est les faux affranchis... "

 

Film de Gilles Grangier (1959). L'assistant réalisateur est Jacques Deray. Dialogues de Michel Audiard, sur une idée de Jean Gabin. Musique de Jean Prodomidès.

Joseph, Hugues, Guillaume Bouttier de Blainville (Jean Gabin) a rejoint la cloche, sans doute après avoir été quitté par sa femme. Devenu «Archimède», il reste un clochard plutôt atypique…

Deux des trois hommes sandwiches sont Marcel Pérès et Pierre Leproux. Je n'ai jamais réussi à identifier le troisième (l'homme qui ne veut pas "aller chercher loin", seulement aux Indes). Si quelqu'un peut m'éclairer...

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Pile ou Face

(Michel Serrault - Philippe Noiret - Pierre Arditi - Dorothée)

" C'était pourquoi, vos disputes ? "

Film de Robert Enrico (1980). Scénario et dialogues de Michel Audiard, d’après le roman «Suivez le veuf», d’Alfred Harris. Musique de Lino Léonardi.

Bordeaux, à l’époque relativement récente où il y avait un port. Une femme tombe par la fenêtre en posant des rideaux et se tue. Son mari, Edouard Morlaix (Michel Serrault), qui rêve sans cesse d’embarquer pour la Polynésie, l’a-t-il poussée ou s’agit-il d’un accident ? L’inspecteur Larrieu (Pierre Arditi), penche pour la seconde hypothèse, mais son collègue Louis Baroni (Philippe Noiret) subodore un crime, d’autant que la chute a suivi une violente dispute. Dès lors, le policier s’acharne sur Morlaix, ne le lâche pas un instant, et une complicité, puis une sorte d’amitié se tissent entre le chasseur et sa proie…

Un face à face entre deux stars trop tôt disparues, un grand numéro d’acteurs. Michel Audiard aborde sa dernière ligne droite, celle de «Garde à vue» (1981) et de «Mortelle randonnée» (1982). Deux films, d'ailleurs, avec Michel Serrault en co-vedette, qui venait de connaître un drame analogue à celui d'Audiard : la perte d'une fille (Audiard avait perdu un fils).

Cette séquence : accident ou meurtre, personne n'en sait rien et nous non plus. Le seul témoin de la scène de ménage (Dorothée)  s'est absenté au moment crucial. L'inspecteur Baroni commence son enquête sur une simple intuition.


" Y a pas de soleil, là-bas ! Je vous ai menti... "

Cette séquence : Edouard Morlaix a signé une lettre d’aveux et attend au pied de son immeuble que l’inspecteur Baroni vienne l’arrêter. Mais le policier, qui a indisposé des notables dans une autre affaire et vient d’être mis à la retraite d’office avec rang de commissaire, a soudain d’autres projets. Détail non négligeable : sa malette contient un énorme pot de vin, que vient de lui offrir un truand de haute volée.

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Les Cinq Martyrs du Lycée Buffon

(Montage personnel)

Leurs dernières lettres lues par des lycéens

Il n’y a pas que Guy Môquet qui ait écrit à ses proches une lettre d’adieu belle et émouvante avant d'être fusillé. Des dizaines de jeunes martyrs de la Résistance l'ont fait. Cinq élèves du lycée Buffon, à Paris, fusillés le 8 février 1943, sont allés au bout de leur engagement de résistants, en nous léguant un message de courage et d’espoir qu’il est difficile d’évoquer sans émotion.

La polémique à laquelle a donné lieu la recommandation présidentielle de lire dans les salles de classe la dernière lettre de Guy Môquet est malheureuse. En tout cas, elle révèle le chemin parcouru, en France, depuis que les "Hussards noirs" de la République exaltaient devant leurs élèves l'héroïsme résistant et les valeurs patriotiques. Les enseignants devraient bien se rappeler aussi les noms des professeurs de Buffon déportés ou fusillés : Raymond Burgard, Jacques Cahen, Guy Iliovici, Alfred Peron, Henri Vachel, André Vattier, Paul Vieille, Henri Zivy.

Faut-il laisser oublier des adolescents qui ont donné leur vie sans hésiter, dans le combat pour la France et contre les nazis, et qui sont partis au peloton en chantant ? Certainement pas. Leurs visages, leurs mots, leur exemple doivent demeurer vivants. Si les classes ne sont plus ces lieux d'élévation civique d'autrefois, c'est à chaque citoyen, se considérant comme tel, d'entretenir le souvenir.

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La Gueule de l'Autre

(Michel Serrault - Jean Poiret - Marco Perrin - Robert Rollis)

" Mais vous êtes cinglé ! J'ai jamais fait ça... "

Film de Pierre Tchernia (1979).

Un comédien raté ressemble trait pour trait à son cousin, homme politique et chef de parti. Mais ce dernier est soudain la cible d'un truand évadé, ancien complice dans une affaire louche. Pendant qu'il se cache du tueur, on propose au comédien de jouer sa doublure. Il y parvient finalement assez bien, malgré quelques difficultés, ce qui fait de cette comédie une fable sociale intéressante...

Michel Serrault interprète naturellement les deux rôles, partageant la vedette avec son vieux complice Jean Poiret, en collaborateur sans scrupules de l'homme politique.

Egalement, dans cette séquence : Marco Perrin (l'orateur) et Robert Rollis (le technicien).

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Ces Messieurs de la Santé

(Raimu - Pauline Carton - Lucien Baroux)

" Monsieur le commissaire, je vous arrête ! "

Film de Pierre Colombier (1933).

Un grand banquier (Raimu), compromis dans un scandale financier, est incarcéré à la prison de la Santé, s'en évade et trouve refuge comme veilleur de nuit, sous une fausse identité, dans un commerce familial de bonneterie. Il y progresse, profil bas, fait prospérer l'affaire, jusqu'au jour où...

Avec Pauline Carton (Mme Génissier), Lucien Baroux (Amédée), Paul Amiot (le commissaire), Pierre Stephen (Hector Génissier), Guy Derlan (Zwerch), Monique Rolland (Ninon). Et également, hors de cette scène, Edwige Feuillère.

Voir Raimu sur Dailymotion et Youtube devient un plaisir rare. Soit ses films sont anciens et peu diffusés (il est mort en 1946), soit il s'agit de réalisations de Marcel Pagnol. Or les héritiers du grand écrivain-cinéaste, ses petits-enfants, ont décidé d'assurer eux-mêmes la diffusion des oeuvres dont ils détiennent les droits. Ils ont fait atomiser la totalité des séquences mises en ligne, par moi et par d'autres, et celles qu'ils se réservent sont confidentielles et de second ordre. Comme le rythme des programmations télévisées s'est beaucoup ralenti, sans doute pour les mêmes raisons de gros sous, la production cinématographique de Pagnol est en passe de devenir un souvenir d'esthètes sexagénaires. Bien joué, les enfants !

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La Bataille du Rail

(Docu-fiction de René Clément)

" Ici s'efface le pouvoir des mots. "

Chef-d’œuvre de René Clément (1945). Musique d'Yves Baudrier. Grand prix de la Mise en scène et prix du Jury du Festival de Cannes 1946 (la Palme d'Or nexistait pas encore).

Un monument du cinéma français de l’immédiat après-guerre. Ce qu’on appellerait aujourd’hui un «docu-fiction», montrant et expliquant l’action des cheminots résistants pendant l’Occupation. En 1944, d’ailleurs, «cheminot résistant» devient un pléonasme : personnel roulant, aiguilleurs, chefs de gare, ouvriers, cadres, ingénieurs, presque dans leur intégralité, multiplient les actions de sabotage, de destruction et de retardement des trains allemands, au péril de leur vie, ce qui sera d’une aide précieuse aux Alliés aux cours des combats de la Libération.

La distribution comprend une star, invisible, Charles Boyer (le récitant), mais peu d’acteurs professionnels. Les autres sont des cheminots jouant leur propre rôle et des prisonniers allemands. La SNCF a engagé des moyens énormes, prêtant, voire sacrifiant un important matériel au profit de la production.

L'une des scènes majeures : l’exécution de six otages pris au hasard dans la gare après une série de sabotages. Comme le dit le récitant, «ici s’efface le pouvoir des mots».

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Les Grandes Vacances

(Louis de Funès - Olivier de Funès - Claude Gensac - Martine Kelly - Mario David)

" The day was good for you ? "

Film de Jean Girault (1967). Dialogues de Jacques Vilfrid. Musique de Raymond Lefebvre.

Charles Bosquier (Louis de Funès) dirige un internat de luxe des Yvelines avec sa femme (Claude Gensac), servi par une bonne qui doit passer son temps à «aller se coucher» (Christiane Muller). Le fils cadet (Olivier de Funès), fayot et faux derche, profite des vacances pour faire la fête avec une séduisante pensionnaire britannique (Martine Kelly, qui connut son heure de notoriété dans la chanson yéyé). Mais c’est l’aîné qui enlèvera la belle, et l’équipée se terminera en Ecosse, où les deux pères tenteront – sans succès – d’empêcher le mariage.

Montage de trois séquences du début, non contiguës mais qui s'enchaînent. Avec Mario David (le conducteur de la Mini).

L’un des meilleurs Funès. L’équipe de la série des «Gendarme»  présente une comédie enlevée. C’’était pourtant l’époque où Télé 7 Jours fustigeait «la pauvreté des gags» et ce «scénario sans surprise, qui emprunte ses recettes au vaudeville le plus archaïque». Rappelons-nous qu’Audiard était pareillement traité. Le «vrai cinéma», n'est-ce pas, était celui d’Agnès Varda… Le temps s’est chargé de rétablir le sens des réalités.

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Une Souris chez les Hommes

(Louis de Funès - Maurice Biraud - Dany Carel - Dora Doll)

" Deux briques à se prendre ! C'est dans la fouillette ! "

Film de Jacques Poitrenaud (1964), également titré «Un drôle de caïd», dans une réédition. Adaptation d’Albert Simonin et Michel Audiard. Dialogues de Michel Audiard. Musique de Guy Béart et Michel Colombier.

Deux cambrioleurs, Marcel (Louis de Funès) et Francis (Maurice Biraud), organisent un casse chez un riche commerçant en lingerie (Robert Manuel). Ils sont surpris en pleine action par une voisine de palier, jeune bourgeoise délurée (Dany Saval), qui, sous la menace de prévenir la police, les oblige à l’associer à leurs affaires.

Cette séquence : Marcel, se faisant passer pour chirurgien, séduit la caissière du magasin (Dora Doll) pour lui soutirer les renseignements nécessaires. Avec Dany Carel (la femme de Francis).

La distribution comprend aussi Jean Lefebvre, Maria Pacôme, Claude Piéplu, Jacques Legras, Philippe Castelli, Jacques Dynam.

Louis de Funès est au tournant de sa carrière, alors que les producteurs (toujours aussi clairvoyants) sont encore réticents à bâtir un film sur son nom. Il est la vedette de quatre autres succès, cette année-là : «Faites sauter la banque» (Jean Girault), «Des pissenlits par la racine» (Georges Lautner), «Le Gendarme de Saint-Tropez» (Jean Girault) et «Fantômas» (André Hunebelle). Il tournera «Le Corniaud» l’année suivante et «La Grande Vadrouille» (Gérard Oury) deux ans plus tard.

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Les Otages

(Saturnin Fabre - Fernand Charpin - Pierre Larquey - Noël Roquevert)

" C'est la première fois qu'il découche. Enfin, je l'ai toléré, c'est pour la France. "

Chef-d’œuvre de Raymond Bernard (1938). Dialogues de Jean Anouilh. Musique de Darius Milhaud.

Un village du nord-est du Bassin parisien, début août 1914. Tandis qu’une querelle de voisinage oppose depuis des années le maire, Adrien Beaumont (Fernand Charpin), au hobereau local, Rossignol (Saturnin Fabre), les armées du Kaiser déferlent sur le nord de la France. Le fils du hobereau a profité d’une permission pour épouser secrètement la fille du maire (Annie Vernay). Passant une nuit avec elle, il est pris au piège par l’avance allemande et tue un officier, puis regagne ses lignes. L’occupant réclame cinq otages, faute de quoi le village sera rasé au canon avec ses habitants. Ces otages seront fusillés à l’aube si l’auteur du coup de feu n’est pas arrêté. Beaumont, Rossignol et trois autres notables (Pierre Larquey, Noël Roquevert et Pierre Labry) se présentent et vont rejoindre le braconnier Rodillard (Dorville) dans les caves de la mairie. Pendant cette dernière nuit, ils font assaut de courage pour se soutenir mutuellement. A l’aube, ce ne sont pas des Allemands qui viendront les chercher, mais les dragons français, en pleine contre-offensive de la Marne.

Avec Marguerite Pierry et Mady Berry (les épouses).

Le réalisateur Raymond Bernard (1891-1977) était le fils de l'humoriste, écrivain et auteur dramatique Tristan Bernard. Lorsque ce dernier est arrêté par la Gestapo, un matin de 1943, du fait de ses origines juives, il déclare à sa femme : "Jusqu'ici, nous vivions dans la crainte, désormais nous vivrons dans l'espoir." Espoir justifié, d'ailleurs, car le couple, envoyé au camp de Drancy, est libéré trois semaines plus tard sur l'intervention de Sacha Guitry. Mais l'un de ses petits-enfants ne reviendra pas de déportation.

[Le scénario accorde aux occupants une attitude assez convenable pour que le film ait pu être présenté en Allemagne, et donc sous-titré. Cette copie est un remontage d’après-guerre, réalisé à l’aide de certaines scènes sous-titrées.]
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Un thème trop méconnu : celui de l’attitude courageuse de la plupart des édiles, souvent bourgeois établis, devant les exigences de l’occupant, au cours des deux guerres. Je veux simplement citer l’armateur Léonce Vieljeux, maire de La Rochelle, qui refusa de faire hisser le drapeau nazi sur son hôtel de ville, le 23 juin 1940, participa à la Résistance et finit fusillé au camp du Struthof, le 2 septembre 1944, à l’âge de 80 ans.

 

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Le premier Audiard

Mission à Tanger

(Raymond Rouleau - Louis de Funès - Mila Parély - Gaby Sylvia)

" Non mais, regarde-moi : est-ce que j'ai l'air d'être en guerre ? "

Film d'André Hunebelle (1949). Collaboration technique d'Yves Ciampi. Dialogues de Michel Audiard.

C'est la première apparition de Michel Audiard dans un générique. L'histoire se passe à Tanger pendant la guerre. Un journaliste insouciant et séducteur, Georges Masse (Raymond Rouleau), repousse les avances de ses amis du réseau local de Résistance, commandés par un mystérieux Connétable. On apprendra à la fin que  le Connétable n'est autre que le journaliste frivole.

Quelques très jeunes acteurs font une apparition muette : Jean Richard, la future speakerine Jacqueline Huet et Gérard Séty. Pour Louis de Funès, c'est le dixième film depuis 1945 (les neuf autres dans des rôles de deux à cinq secondes). Les deux vedettes féminines sont Gaby Sylvia et Mila Parély.

Encore un film inspiré de «Casablanca», mais sans la prétention d'en approcher... «Un scénario con comme la lune, commentera Audiard. Mais les dialogues ont bien fonctionné.»

C'est le début d'une série de trois. Le journaliste Georges Masse apparaîtra encore dans «Méfiez-vous des blondes», avec Martine Carol (1950), et «Massacre en dentelles», avec Anne Vernon (1951).

Selon un pointage personnel, les réalisateurs ayant le plus tourné avec Audiard sont Georges Lautner (douze films), Gilles Grangier (onze films), Henri Verneuil (huit films), Denys de La Patellière (six films), André Hunebelle (cinq films), Philippe de Broca (quatre films), Guy Lefranc et Jean Delannoy (trois films). Les acteurs fétiches sont Jean Gabin et Bernard Blier (dix-neuf  films chacun).

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Quai des Orfèvres

(Louis Jouvet - Simone Renant)

" Avec les femmes, vous n'aurez jamais de chance ! "

Film d’Henri-Georges Clouzot (1947). Scénario et dialogues du metteur en scène. Musique de  Francis Lopez et Albert Lasry.

L'ne des dernières scènes de ce film majeur du grand réalisateur : l’enquête complexe que mène l’inspecteur Antoine (Louis Jouvet) sur le meurtre d’un vieux bourgeois pervers (Charles Dullin) touche à sa fin. Dora Monier (Simone Renant) s’est accusée pour sauver son amie Jenny Lamour (Suzy Delair), dont elle est discrètement amoureuse et qu’elle croit coupable. Mais le policier a identifié le véritable auteur du meurtre, qui n’est évidemment aucun de ceux qu’on a soupçonnés jusque là.

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Maigret et l'Affaire Saint-Fiacre

(Jean Gabin - Michel Auclair - Robert Hirsch - Paul Frankeur)

"  Car voilà l'arme du crime ! "

Film de Jean Delannoy (1958), d'après le roman de Georges Simenon. Dialogues de Michel Audiard.

Maigret (Jean Gabin) revient au village de son enfance, dans l'Allier, au château de Saint-Fiacre, dont son père a été régisseur. La comtesse (Valentine Tessier) a reçu une menace de mort anonyme. Elle meurt pendant la messe, d'une crise cardiaque. Maigret apprend que Mme de Saint-Fiacre était très fragile du coeur et découvre qu'une main criminelle a glissé dans son missel une coupure du journal local annonçant faussement le suicide de son fils, noceur et prodigue (Michel Auclair). Les soupçons se porteront sur le jeune comte et sur Sabatier, le secrétaire et amant de la comtesse (Robert Hirsch). Mais, au cours d'un dîner qu'il organise, Maigret confond le coupable, tout à fait inattendu.

Avec Paul Frankeur (le médecin), Michel Vitold (le curé), Jacques Marin (le majordome),  Jacques Morel (l'avocat), Serge Rousseau (Emile) et Camille Guérini (le régisseur).

La colère du commissaire est à la mesure de l'affection filiale qu'il portait à la comtesse.

Le second des deux Maigret mis en scène par Delannoy et des trois d'Audiard (le troisième, signé par Gilles Grangier, en 1963, «Maigret voit rouge», adapté du roman «Maigret et les gangsters», est plus faible).

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Les Portes de la Nuit

(Carette - Yves Montand - Raymond Bussières)

" C'est ça même : un vrai conte de fées. "

Film de Marcel Carné (1946), dialogues de Jacques Prévert, musique de Joseph Kosma. Décors d'Alexandre Trauner (dont la reconstitution d'une station du métro aérien).

Ce drame est peut-être le meilleur et sûrement le moins connu de Carné. Tourné aussitôt après la fin de la guerre et se déroulant une nuit de l'hiver 1945, avec un gros budget, le film fit un four complet : la critique se déchaîna, le public ne vint pas. Jacques Prévert en fut tellement meurtri qu'il abandonna pratiquement le cinéma.

Yves Montand fait ses débuts. Jean Vilar, grand comédien de théâtre et fondateur du TNP et du Festival d'Avignon, mais trop rare au cinéma, joue le rôle mystérieux du Destin. Avec Julien Carette (M. Quinquina) et Raymond Bussières.

Les personnages de Diego (Yves Montand) et Malou (Nathalie Nattier) étaient originellement destinés à Jean Gabin, l'acteur fétiche de Carné, et sa compagne d'alors, Marlene Dietrich.

Deux chansons, dont l'une devenue célèbre, ont été écrites par Prévert et composées par Kosma pour ce film: «Les enfants qui s'aiment» et «Les feuilles mortes». Montand les a immortalisées ensuite, mais ce n'est pas lui qui les chante dans le film.

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La Belle Américaine

(Robert Dhéry - Louis de Funès - Jean Lefebvre)

" Dites : 697 et 478, allez, ça fait combien ? "

Film de Robert Dhéry (1961). Scénario de Robert Dhéry et Pierre Tchernia. Dialogues d'Alfred Adam. Musique de Gérard Calvi. Avec l'essentiel de la troupe des Branquignols.

Marcel (Robert Dhéry), ouvrier métallurgiste habitant un quartier populaire de la Plaine-Saint-Denis, achète une magnifique décapotable américaine pour 450 F (moins d'un millier d'euros d'aujourd'hui). La propriétaire, Mme Lucanzas, a voulu brader cet héritage de feu son mari, parce que le produit de la vente devait revenir à la secrétaire et maîtresse. Mais, à cette époque pourtant prospère, les ouvriers allaient plutôt à Solex, et cette belle américaine vaut à son nouveau possesseur une cascade d'ennuis.

Louis de Funès joue un double rôle : celui, au début, du contremaître qui licencie Robert Dhéry au vu de sa trop belle voiture (cette séquences) et, ensuite, celui de son frère jumeau de commissaire qui ne veut pas croire que la voiture ait été acquise honnêtement.

Avec Jean Lefebvre (chef comptable au début de la scène, comptable à la fin).

On remarquera ici le principal ressort du comique de Louis de Funès. Il ne s'agit ni des colères (souvent assez domptées et modulées), ni des grimaces (il y en a beaucoup moins qu'on ne l'a dit, et l'acteur est bien plus subtil que ne le laissent croire tant de jugements sommaires). C'est d'impatience qu'il est question. Funès n'est jamais plus drôle que lorsqu'il bout, sur place, des lenteurs de l'interlocuteur ou de la situation. L'impatience ne débouche sur des réactions colériques qu'après une montée en pression savamment graduée.

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Au Plaisir de Dieu

(Jacques Dumesnil)

" Je suis, par droit de naissance, duc et pair de France ! "

Série TV française tirée du roman éponyme de Jean d'Ormesson (1977). Réalisation : Robert Mazoyer.

La scène se passe pendant l'invasion de 1940. Le général commandant les armées allemandes installe son quartier général au château de Plessis-lès-Vaudreuil (le tournage avait pour cadre le château de Saint-Fargeau, qui fut la propriété des Ormesson). L'après-midi, il croise dans le parc le maître des lieux, le duc de Plessis-Vaudreuil, qui ne le salue pas. Le soir, il le convoque pour laver l'affront.

Jacques Dumesnil (1904-1998) n'avait joué jusque là que des rôles secondaires d'escroc ou d'officier. Il est «le Mexicain» qui meurt au début des «Tontons flingueurs» en laissant un lourd héritage à Lino Ventura. Le personnage de Sosthène de Plessis-Vaudreuil le propulse vers le vedettariat, dont il n'aura guère le temps de profiter. Pour situer l'importance du rôle, précisons que la production avait envisagé Laurence Olivier ou Vittorio Gassman, finalement jugés peu crédibles en vieux duc français.

Le général von Stulpnagel (qui parlait parfaitement le français) finit pendu pour sa participation au complot contre Hitler du 20 juillet 1944.

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Rio Bravo

(John Wayne - Dean Martin - Ricky Nelson - Walter Brennan)

" My Rifle, my Poney and me "

Film d’Howard Hawks (1959) VF. Musique de Dimitri Tiomkin.

Le sheriff John Chance (John Wayne) emprisonne pour meurtre Joe Burdette (Claude Akins), frère d’un gros fermier, Nathan Burdette (John Russel), qui tient la région sous sa coupe, assisté de plusieurs dizaines d’hommes de main, et qui entend bien libérer le prisonnier. Son adjoint, Dude (Dean Martin), a sombré dans l’alcoolisme après une déception sentimentale mais tente de retrouver sa dignité. Une femme recherchée comme tricheuse aux cartes, Feathers (Angie Dickinson), arrive par la diligence et cherche aussi sa rédemption auprès du rude sheriff, qui ne la ménage pas. Aidé de son second adjoint, le vieux Stumpy (Walter Brennan), et d’un jeune homme de passage que rien n’impressionne, Colorado (Ricky Nelson), le sheriff Chance viendra à bout de Nathan Burdette et de sa bande.

Une construction parfaite, sans temps mort, des personnages à la psychologie complexe, joués par des acteurs de premier plan, une musique grandiose de Tiomkin : Howard Hawks (prononcer «Hax») a signé là le western des westerns.

La fameuse soirée dans le bureau du shériff. Dean Martin, le crooner numéro un de l’époque, chante «My rifle, my poney and me». Ricky Nelson enchaîne avec «Cindy, Cindy». Dans ce film, l’acteur n’a que 19 ans. Il a commencé deux ans plus tôt une brillante carrière de chanteur. Il trouvera la mort en 1985 dans un accident d’avion.

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